Coll de Rates ·
La route, le passage, l'ascension
Le tronçon du Coll de Rates entre Parcent et le sommet ne constitue pas l'itinéraire complet, ni la seule voie d'ascension. C'est toutefois le passage que l'on emprunte sans cesse, celui où l'on revient le plus souvent, et celui qui, peu à peu, nous a révélé son caractère.
Située sur la Costa Blanca en Espagne, cette partie de la route du Coll de Rates relie Parcent au sommet à travers le calcaire, les nuages et un passage qui se rétrécit.
Il ne s'agit pas d'un compte rendu de performance ou de technique.
Il s'agit d'une tentative de décrire un lieu qui se refuse à toute réduction à l'une ou l'autre de ces catégories.

La route que nous connaissons
L’ascension depuis Parcent
L’ascension depuis Parcent, sur la Costa Blanca en Espagne, commence en douceur.
La route ne s’annonce pas. Elle se courbe, se resserre, s’ouvre de nouveau, puis commence à s’élever d’une manière presque conversationnelle — comme si elle posait une question plutôt qu’elle n’imposait une exigence.
Bien que notre ferme se trouve au-delà du sommet, cette portion de route fait partie de notre circulation quotidienne dans la vallée. Nous la traversons à maintes reprises, sous des lumières, des vents et des météos changeants, revenant aux mêmes virages jusqu’à ce que la familiarité laisse place à l’attention.
Ce n’est pas l’ascension complète du Coll de Rates, et elle ne prétend pas l’être.
Ce passage se distingue — un seuil plutôt qu’une destination.
Avec le temps, il devient évident que la route n’est pas simplement un moyen de monter. C’est un lieu où le rythme ralentit, où les sens s’aiguisent, et où l’anticipation commence à l’emporter sur la certitude.
Avant que la route n’existe
Bien avant que la route de montagne ne soit taillée dans le calcaire, ce passage était déjà emprunté.
Le Camino de la Pansa — aujourd’hui balisé PR-CV 425 — serpentait à travers ce même terrain. Les agriculteurs parcouraient ce chemin à pied ou à dos de mule, transportant leur récolte de raisins secs jusqu’à Parcent pour la vendre, puis revenant avec l’argent qu’ils avaient pu gagner.
Le mouvement ici était lent, mesuré et délibéré.
L’effort n’était pas quelque chose à optimiser, mais simplement à supporter.
L’économie de ce chemin reposait sur la répétition et la patience — des pas gravés dans la roche, des charges soigneusement équilibrées, un progrès accompli avec le temps plutôt qu’avec la distance. L’ascension n’était pas un défi à conquérir, mais une condition à accepter.
Cette histoire compte. Elle inscrit la route moderne du Coll de Rates dans un rythme bien plus ancien de travail, de risque et de retour.
Le goulet
Juste avant le sommet, le passage se resserre.
Les récits locaux parlent de bandits qui attendaient ici — cachés là où le chemin se rétrécissait et où il devenait difficile de fuir. Les agriculteurs revenant du marché ralentissaient, hésitaient et écoutaient. L’argent changeait de mains non pas par violence, mais par inévitabilité.
Le nom Coll de Rates appartient à ce moment.
Non pas une description de forme, mais de situation.
Un goulet d’étranglement.
Un lieu de pause.
La peur ici n’était pas théâtrale. Elle était pratique. La reconnaissance que le mouvement vers l’avant portait des conséquences.
Bien avant les bicyclettes, c’était déjà un lieu où le progrès posait une question — et où chacun n’y répondait pas de la même manière.
Nuages, lumière et disparition
Il y a des jours où le sommet est visible depuis très loin — net, pâle, découpé avec précision contre le ciel.
Et il y a des jours où il n’est tout simplement pas là.
Les habitants décrivent ce phénomène comme la panza de burro — le ventre de l’âne — une couche épaisse de nuages qui s’installe bas sur la montagne, adoucissant les contours et avalant la distance. Vu d’en bas, la route semble s’élever directement vers elle, comme si le sommet avait disparu.
La lumière se comporte différemment ici. Elle s’aplatit, puis se fragmente. Les ombres se dissolvent. Les sons s’assourdissent. La route perd sa définition et devient provisoire — une ligne pâle qui avance sans révéler où elle mène.
Ces jours-là, le Coll de Rates semble suspendu plutôt qu’élevé. Le progrès se mesure moins par la vue que par l’attention. L’ascension ne récompense pas toujours l’effort par la clarté.
Le lieu ne s’explique pas.
Il se laisse simplement rencontrer — ou non.
Après le sommet
Au-delà du goulet, le passage s’ouvre.
La respiration s’approfondit. Les épaules se relâchent. Le sommet lui-même est transitoire. Ce qui compte, c’est l’ouverture qui suit.
Certains cyclistes continuent vers Altea. D’autres font demi-tour et redescendent vers Parcent par les mêmes virages qui, quelques instants auparavant, exigeaient de l’endurance.
Dans tous les cas, la descente modifie la perception.
La vallée semble différente, bien que rien n’ait bougé. Ce qui a été enduré commence à informer ce qui est vu.
Vivre à côté d’un passage
Nous ne possédons pas cette route.
Nous la rencontrons simplement, encore et encore, dans notre mouvement quotidien à travers la vallée. Les chèvres la traversent sans cérémonie. Le vent la transforme. Les tempêtes la ramènent au calcaire et à l’ombre.
La familiarité ne rend pas le passage plus petit.
Observée suffisamment souvent, la route révèle ses motifs sans les expliquer. Les cyclistes arrivent avec des intentions différentes et repartent transformés, sans toujours s’en rendre compte.
Le passage survit à chaque ascension.
Réponse du studio
Coll de Rates · Quatre actes est une réponse de studio à ce passage.
Ces œuvres ne sont ni des souvenirs ni des vêtements de cyclisme. Elles sont une tentative de retenir le poids, la résistance et la beauté silencieuse d’un lieu rencontré à maintes reprises au fil du temps.
Chaque image correspond à un mouvement de l’ascension, rendu en monochrome afin de préserver la profondeur et l’atmosphère. Les compositions sont volontairement épurées, laissant à l’espace négatif autant de sens qu’à la forme.
Imprimées en éditions limitées de studio et proposées exclusivement sur des vêtements en coton biologique blanc, ces œuvres se lisent comme des objets artistiques plutôt que comme de simples graphiques.
La route demeure ce qu’elle est.
Le passage continue de poser ses questions.
Ces œuvres n’y répondent pas —
elles marquent simplement qu’elles ont été rencontrées.
Les quatre actes
Avec le temps, ce passage se résout de lui-même.
Non pas par l'analyse, ni par la simple répétition, mais par l'immersion. En parcourant encore et encore le même tronçon — à pied, en véhicule, sous la chaleur, le vent et les nuages — une structure se dessine, qui ressemble moins à une interprétation qu'à une reconnaissance.
Cette section du Coll de Rates se déroule en quatre mouvements.
Ce ne sont pas des étapes universelles du cyclisme, ni des métaphores appliquées après coup. Elles sont propres à cette ascension, à ce rétrécissement, à cette approche du sommet.
Acte II
Endurance
La pente s'impose. La progression devient rythmée, délibérée, soutenue – jusqu'à ce qu'elle soit interrompue. Une résistance apparaît. L'avancement n'est plus une évidence.
Il arrive un moment dans cette ascension où la progression cesse d'être continue.
La route ne se raidit pas soudainement. Au contraire, toute progression est silencieusement refusée.
Voici le mur que l'on trouve dans chaque passage.
Ici, la résistance n'est pas danger, mais obstruction. Une présence ancienne s'impose, insensible aux efforts, indifférente aux intentions. Aujourd'hui, cette résistance est souvent incarnée par le sanglier.
Le sanglier ne représente pas une menace.



